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Un trottoir mal évalué, un appui qui se dérobe sur un terrain de sport, une marche ratée dans l’escalier : le pied part vers l’intérieur, quelque chose craque ou tire, et la cheville se met à gonfler dans les minutes qui suivent. L’entorse de la cheville est l’un des traumatismes les plus fréquents — et l’un des plus mal soignés, parce que deux réflexes opposés se disputent le terrain : « ce n’est rien, je continue » et « je ne bouge plus pendant trois semaines ». Les deux allongent la récupération. Ce qui se joue vraiment se joue dans les 48 premières heures.
À retenir : dans les deux premiers jours, quatre gestes suffisent — protéger, surélever, glacer, comprimer —, et une question doit être tranchée : arrivez-vous à poser le pied et à faire quelques pas ? Si non, consultez. Passé ce cap, l’objectif s’inverse : il faut remobiliser doucement, pas immobiliser.
Ce qui se passe dans une entorse
La cheville est stabilisée par des ligaments — des cordages fibreux qui relient les os entre eux. Dans la très grande majorité des cas, le pied se tord vers l’intérieur et ce sont les ligaments externes qui souffrent. Selon l’intensité :
| Stade | Atteinte | Signes typiques | Récupération |
|---|---|---|---|
| Bénigne | Étirement du ligament | Douleur modérée, gonflement discret, marche possible | 1 à 3 semaines |
| Moyenne | Déchirure partielle | Gonflement rapide, hématome, appui difficile | 4 à 6 semaines |
| Grave | Rupture ligamentaire | Craquement perçu, œdème important, instabilité, appui impossible | 6 à 12 semaines |
L’ampleur du gonflement et la couleur de l’hématome ne disent pas la gravité : une entorse bénigne peut gonfler beaucoup, et une rupture peut passer pour anodine les premières heures, le temps que la douleur s’installe.
Les 48 premières heures : les quatre gestes utiles
1. Protéger et mettre au repos relatif Arrêtez l’activité en cours — continuer un match sur une cheville tordue est la meilleure façon de transformer une entorse bénigne en entorse grave. Retirez la chaussure rapidement, avant que le gonflement ne la rende impossible à enlever. Le repos est relatif, pas absolu : dès que l’appui est supportable, on marche un peu.
2. Surélever la cheville Allongé, pied posé sur deux coussins, au-dessus du niveau du cœur, aussi souvent que possible. C’est le geste le plus efficace contre le gonflement, et le plus négligé. Idéalement plusieurs fois par jour, par périodes de 20 à 30 minutes.
3. Appliquer du froid Une poche de glace, un sac de petits pois surgelés, une vessie de froid — toujours enveloppée dans un linge, jamais à même la peau (risque de brûlure par le froid). 15 à 20 minutes, à renouveler toutes les 2 à 3 heures les premiers jours. Le froid soulage la douleur et limite l’œdème.
4. Comprimer Une bande élastique posée du pied vers le mollet, fermement mais sans serrer : si les orteils fourmillent, blanchissent ou deviennent froids, c’est trop serré, on refait. La compression limite l’installation de l’œdème dans les tissus. On la retire la nuit.
Contre la douleur, le paracétamol est le premier choix. Les anti-inflammatoires (ibuprofène et apparentés) pris d’emblée sont discutés : l’inflammation initiale participe à la réparation du ligament, et il vaut mieux les réserver à une prescription médicale.
Consulter ou non : les critères concrets
Consultez dans la journée si :
- vous ne parvenez pas à poser le pied et à faire quatre pas, même en boitant ;
- la douleur se situe précisément sur le relief osseux de la malléole, à la palpation, ou sur le bord externe du pied ;
- la cheville présente une déformation visible, un angle anormal ;
- vous avez perçu un craquement net au moment du traumatisme, suivi d’une sensation d’instabilité ;
- l’hématome est massif et s’étend rapidement ;
- il s’agit d’un enfant ou d’un adolescent en croissance : chez eux, le cartilage de croissance est plus fragile que le ligament ;
- vous êtes sous anticoagulants, ou vous avez une fragilité osseuse connue.
Ces éléments recoupent en partie les critères d’Ottawa, utilisés en consultation pour décider si une radiographie est nécessaire — elle ne l’est pas systématiquement, contrairement à une idée répandue. La radio recherche une fracture ; les ligaments, eux, ne se voient pas sur une radio standard.
Consultez également si, après une semaine, la douleur ou le gonflement n’ont pas commencé à diminuer, ou si la cheville « lâche » à la marche.
Après 48 heures : bouger, précisément
C’est là que se joue la qualité de la récupération, et c’est l’étape la plus souvent ratée.
- Reprendre l’appui progressivement, en s’aidant au besoin d’une attelle ou de cannes les premiers jours. On avance au seuil de la douleur : une gêne est acceptable, une douleur vive ne l’est pas.
- Mobiliser la cheville sans appui, plusieurs fois par jour : dessiner l’alphabet avec la pointe du pied, faire des flexions-extensions lentes, des cercles dans les deux sens.
- Étirer doucement le mollet une fois la douleur calmée : le muscle se raidit très vite après une entorse, ce qui entretient la boiterie et favorise aussi les crampes nocturnes du mollet.
- Travailler l’équilibre — l’étape décisive contre la récidive. Tenez-vous sur le pied blessé, quelques secondes d’abord, puis plus longtemps, puis les yeux fermés, puis sur un coussin. Ce travail proprioceptif restaure les réflexes de stabilisation que l’entorse a désorganisés.
- Reprendre le sport en dernier, et par paliers : marche, puis course en ligne droite, puis changements de direction, puis pivots et sauts. Une reprise trop précoce des appuis latéraux est la cause n°1 de rechute.
Une entorse mal rééduquée laisse une cheville instable qui se retord — et chaque récidive fragilise un peu plus le ligament. Si l’instabilité persiste après un mois, quelques séances de kinésithérapie règlent souvent le problème.
Les erreurs qui coûtent des semaines
- Continuer l’effort après le traumatisme.
- Immobiliser totalement pendant deux ou trois semaines « pour être sûr » : raideur, fonte musculaire et récupération rallongée.
- Masser vigoureusement la zone les premiers jours, ou appliquer une pommade chauffante : le chaud augmente l’œdème.
- Prendre un bain très chaud ou un sauna dans les 48 premières heures.
- Serrer trop fort la bande de contention.
- Reprendre le sport dès que la douleur a disparu, sans avoir retravaillé l’équilibre : la douleur s’en va bien avant que la stabilité ne revienne.
- Négliger une entorse « légère » à répétition : c’est ainsi que s’installe une instabilité chronique.
Éviter la prochaine
- Chaussures adaptées et en bon état, tige montante pour les terrains irréguliers.
- Échauffement systématique, incluant des mobilisations de cheville.
- Travail d’équilibre régulier : une minute par pied, quelques fois par semaine, suffit à entretenir la proprioception.
- Renforcement des muscles péroniers (face externe de la jambe), qui protègent activement le ligament.
- Strapping ou chevillère pour les activités à risque, si vous avez déjà eu plusieurs entorses.
- Attention à la fatigue : la majorité des entorses survient en fin d’effort ou en fin de journée, quand la vigilance et le contrôle musculaire baissent — le même mécanisme que pour beaucoup de tensions musculaires du quotidien comme le torticolis.
En résumé : deux jours de froid, de surélévation et de compression, une vraie évaluation de l’appui, puis une remise en mouvement progressive plutôt qu’un plâtre improvisé. D’autres réponses concrètes aux soucis de santé du quotidien sont réunies dans notre rubrique santé.
Questions fréquentes
Combien de temps met une entorse de la cheville à guérir ?
Une entorse bénigne, avec simple étirement des ligaments, gêne 1 à 3 semaines. Une entorse moyenne demande 4 à 6 semaines, et une entorse grave avec rupture ligamentaire 6 à 12 semaines de rééducation. Le gonflement peut persister plusieurs semaines après la reprise de la marche : ce n'est pas un signe de gravité en soi.
Faut-il passer une radio après une entorse de la cheville ?
Pas systématiquement. Les médecins utilisent des critères précis, dits critères d'Ottawa : une radio se justifie surtout si vous n'arrivez pas à poser le pied et à faire quatre pas, ou si la douleur siège exactement sur le bord osseux des malléoles. Dans les autres cas, l'examen clinique suffit le plus souvent.
Faut-il mettre du chaud ou du froid sur une entorse ?
Du froid dans les premiers jours : il calme la douleur et limite l'inflammation. Toujours enveloppé dans un linge, 15 à 20 minutes, plusieurs fois par jour, jamais à même la peau. Le chaud est à éviter au début, car il augmente l'afflux sanguin et donc le gonflement.
Peut-on marcher avec une entorse de la cheville ?
Oui, dès que la douleur le permet, et c'est même recommandé. L'immobilisation totale prolongée retarde la récupération. On reprend l'appui progressivement, éventuellement avec une attelle ou des cannes les premiers jours, en respectant le seuil de douleur.
Pourquoi éviter les anti-inflammatoires après une entorse ?
L'inflammation initiale fait partie de la réparation des ligaments. Les anti-inflammatoires pris systématiquement dès les premières heures peuvent en théorie freiner cette cicatrisation. On privilégie le paracétamol pour la douleur, et on réserve les anti-inflammatoires à un avis médical.